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Comment recruter sans « vendre du rêve » ?

La photo ci-dessus est issue d’une (excellente) campagne de la SNCF en 2006 et je la trouve très représentative de ce qui arrive régulièrement dans un processus de recrutement (en plus de la trouver très drôle😁)

Ces dernières années, j’ai lu et reçu de nombreux témoignages de candidats m’expliquant que le poste qu’on leur avait « vendu » en entretien ne correspondait que peu (voire pas du tout ) à la réalité. J’ai donc eu envie de me pencher sur le sujet, parce qu’après avoir travaillé pendant 7 ans en tant que recruteuse dans différentes ESN, c’est un phénomène qui m’est, malheureusement, assez familier.

NB: si vous voulez passer directement aux « solutions concrètes », rdv au point 3😉

1/ Vendre du rêve, ça veut dire quoi?

Avant d’écrire cet article, j’ai cherché « vendre du rêve » sur mon ami Google. La première définition sur laquelle je suis tombée (sur Wikipédia) est celle-ci: Mentir sciemment, promettre des choses qui ne se réaliseront jamais ou tenir des propos complaisants afin de s’attirer les bonnes grâces de l’interlocuteur (c’est pas joli-joli).

Je sais que certains utilisent cette expression dans un sens moins péjoratif, plus littéral. Par exemple quand on poste une photo de ses vacances dans un lieu paradisiaque sur Instagram et qu’un ami commente « tu me vends du rêve là » (que je traduis personnellement par « tu me fais kiffer »🤘 ) Mais c’est bien la première explication que j’ai décidé de retenir parce que c’est de cette manière qu’elle est en général perçue par les candidats.

La publicité nous a souvent conditionné à accepter qu’on nous vende du rêve, que ce soit finalement quelque chose d’assez normal. Il suffit de penser au décalage entre ce qu’on voit sur les affiches des fast food et ce qu’on retrouve vraiment dans nos « assiettes ». Cela n’empêche pas les gens de continuer à fréquenter assidûment ces mêmes enseignes. On n’est pas dupe mais on accepte de jouer le jeu.

Vendre du rêve en entretien, c’est un peu le même principe mais avec des conséquences potentiellement plus graves (souffrances au travail, rancœur, départ anticipé…) Vendre du rêve quand on est recruteur c’est dire à un candidat ce qu’il a envie d’entendre pour le convaincre de nous rejoindre, même si pour ça, il faut s’arranger » un peu (ou beaucoup) avec la réalité.

Quelques exemples où la frontière entre rêve et mensonge est souvent floue:

📢Vous pourrez choisir les missions/ les projets sur lesquels vous avez envie de travailler

📢 On propose et on finance des formations pour vous aider à monter en compétences

📢Oui bien sûr tous nos collaborateurs sont augmentés chaque année sans condition

📢Vous ne travaillerez que sur les dernières technos/ les versions les plus récentes/ les langages que vous aimez…

Bref, vous voyez l’idée! Sylvain a donné d’autres exemples dans un article qui a fait pas mal réagir sur LinkedIn: j’en ai marre de voir les dev se faire avoir par les ESN

2/ Pourquoi on vend du rêve en entretien?

Je vais caricaturer un peu mais je crois que les recruteurs qui vendent du rêve le font pour attirer des candidats quand leur entreprise ne possède pas les atouts qui font « rêver spontanément ». Alors pour convaincre un candidat de les rejoindre, ils sont souvent tentés (et parfois très encouragés) d’embellir un peu la réalité, d’exagérer, d’inventer. Ça demande moins d’efforts.

Il y a quelques années, un de mes managers m’a dit cette phrase « Non mais Hélène si tu dis la vérité à un candidat, y a aucune chance qu’il vienne chez nous » 😱. Je ne vous dis même pas à quel point j’ai été choquée par cette phrase!

On met en avant cette culture du rêve en entreprise, comme s’il était absolument interdit de décrire le quotidien, de parler de certaines réalités pas toujours roses ou de dire qu’on n’est pas les meilleurs (c’est sûrement en partie pour ça que des centaines d’annonces commencent par « nous sommes leaders sur notre marché » alors qu’on est leader de rien du tout…) On est habitué à mettre des paillettes dans les yeux des candidats, comme si c’était le seul moyen de donner envie.

Sauf qu’en vendant du rêve on provoque très souvent des déceptions. Que se passe-t-il quand un candidat découvre que la réalité ne correspond pas à ce qu’on lui a proposé pendant le processus de recrutement? Non seulement on le met dans une situation inconfortable mais il risque aussi de partir rapidement et de faire une réputation peu reluisante à l’entreprise qui lui aura menti…Résultat: il faudra recommencer le recrutement, l’équipe aura sans doute été fragilisée et on aura en prime une mauvaise image auprès de candidats potentiels. Comme dirait ma grand-mère « t’as gagné le cocotier! » 🌴

⚠ Mon propos n’est en aucun cas de dire « bouh attention, tous les recruteurs sont des menteurs, ils passent leur temps à vous faire des promesses qui ne seront pas tenues etc… » Beaucoup de recruteurs sont absolument convaincus par ce qu’ils disent en entretien. Je me souviens de mes premiers mois dans une ESN: comme tout se passait super bien pour moi, il m’était plutôt facile de donner envie aux candidats de rejoindre l’entreprise. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que 1/ les promesses qu’on leur faisait n’étaient pas toujours tenues, 2/ être recruteur dans une ESN ce n’est pas la même chose qu’être développeur dans une ESN (on n’a ni le même job, ni les mêmes contraintes, ni le même quotidien…) Je n’ai jamais eu le sentiment de mentir alors que certains collaborateurs ont eu l’impression que je les avais un peu « baladés » pendant l’entretien 🤔

3/ Mais du coup, on fait comment?

Je n’ai pas de solution miracle pour lutter contre le « bullshit » en recrutement (ok, tout ça pour ça…) Mais pour moi recruter, c’est faire matcher des attentes. Si l’une des 2 parties commence à inventer, à embellir, à mentir, ça ne fonctionnera pas dans la durée.

Voilà quelques pistes pour « donner envie » sans avoir à raconter n’importe quoi 💡:

👉 N’ayez pas peur de la transparence: dans mes expériences précédentes en tant que recruteuse, je l’ai testée avec les candidats. Et c’est fou mais ça marche! Pour moi être transparent ça signifie ne pas avoir peur de dire « je ne sais pas ». Ça veut dire être capable d’avouer qu’on a encore pas mal de choses à améliorer, qu’on est pas meilleurs que les autres, qu’on a commis des erreurs (mais qu’on a appris et qu’on essaye de faire mieux…) Les gens sont tellement habitués à ce qu’on leur serve toujours la même soupe qu’ils sont souvent très agréablement surpris quand on leur dit « simplement » les choses. Certains candidats m’ont même remerciée de mon honnêteté (ce qui est assez déstabilisant) et m’ont accordé leur confiance 🙏.

👉 Recruter c’est aussi dissuader: en général, quand je dis ça, on me regarde comme si j’étais complètement folle, mais je persiste et signe. Quand on recrute on cherche la « bonne personne » et parfois ceux qui apparaissent comme les « meilleurs » ne sont pas les bonnes personnes. Un exemple: je cherchais un Lead Dev Java pour un projet hyper sensible géré au forfait (avec une relation client un peu « compliquée »). J’ai rencontré le candidat qui avait le profil parfait sur le papier: il avait déjà de l’expérience en tant que lead dev, il connaissait bien le métier du client et surtout il était disponible sous un mois. Bref, le candidat de rêve. Sauf que ces attentes en termes d’évolution ne correspondaient pas à ce qu’on pouvait lui proposer. J’aurais pu lui promettre des choses, le faire rêver pour le convaincre mais j’étais quasiment sûre qu’il s’ennuierait rapidement. Alors certains penseront que je me suis tiré une balle dans le pied mais à la fin de l’entretien, j’ai conseillé à ce candidat de ne pas poursuivre le processus de recrutement. Et je pense avoir fait le bon choix parce qu’en lui expliquant en détails ma recherche, il m’a recommandé une des ses connaissances qui s’est avéré être le « bon » candidat – Happy end 😊☀

👉 Ne profitez pas de la crédulité de certains candidats: je pense notamment aux jeunes diplômés, aux personnes en reconversion ou aux candidats parfois fragilisés à cause d’une situation compliquée (après un licenciement ou un burn out par exemple…) Le recrutement n’est pas un rapport de force, vous n’êtes pas là pour « gagner ». Convaincre un candidat avec de faux arguments et de fausses promesses n’a rien de glorieux. J’ai souvent entendu qu’un recruteur doit avoir des qualités commerciales. Est-ce qu’on bon vendeur est forcément un menteur? (vous avez 3 heures 🖊)

👉 Essayez de rester « aligné »: c’est sans doute le point le plus compliqué à mettre en oeuvre, parce qu’il nécessite de bien se connaître et de connaître ses valeurs. Je pourrais résumer ce conseils par « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». On m’a déjà demandé de « faire un numéro de claquettes » en entretien (très jolie expression pour dire « faut lui en mettre plein les yeux »🤩🙄 ). J’ai cédé plusieurs fois, notamment au début de ma carrière parce que je n’avais pas conscience de ma responsabilité envers les candidats. Mais je me suis sentie coupable, mal à l’aise, avec le sentiment de ne pas avoir fait mon job correctement. Quand on est recruteur on a rarement le pouvoir de « décider » (par exemple on ne décide pas d’embaucher telle ou telle personne) mais on peut choisir de faire son métier de manière éthique et « centrée ». Et je pense d’ailleurs que c’est le meilleur moyen de durer dans ce métier.

Recruter sans « vendre du rêve », c’est possible! Si vous êtes authentique, que vous respectez vos candidats et vous vous mettez à leur place, vous n’avez aucune raison de mentir. Et si on vous oblige à le faire, dites-vous qu’il est peut-être temps d’aller voir ailleurs…

Est-ce qu’on vous a déjà demandé de « vendre du rêve » à vos candidats?

Hélène LY | Ex-recruteuse IT & Formatrice en recrutement

Je suis principalement intervenue sur le recrutement de profil techniques (développeurs, chefs de projets, architectes, profil infra…) et commerciaux (ingénieurs d’affaires) pendant 7 ans dans différentes ESN.  Co-auteur du livre « Recruteurs : 80 questions pour réussir vos entretiens »,  mon fil rouge est la réconciliation entre candidats et recruteurs. Convaincue qu’ils doivent œuvrer ensemble pour faire évoluer les mentalités, j’interviens régulièrement sur les réseaux, notamment LinkedIn, pour les aider à mieux se comprendre et à dialoguer.

Les photos viennent en grande partie du site Pixabay.

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